Défense de la langue française #230
Editeur : L'académie française
« Anecdote d’une union libre »
Je suis d'Haïti, le seul pays francophone de la Caraïbe, puisque les autres terres d'expression française de la région sont des départements d'outre-mer.
J'écris dans deux langues qui ne se prennent ni ne s'éprennent pas: Le français et le créole.
Le premier domine le second en terme de statut. A l'inverse, le second est la langue de tout le monde, de toutes les couches sociales et des couche-tard.
Pour moi écrivain, il n'y a nul mur de Berlin, nulle frontière qui séparent les deux "territoires linguistiques". En moi, elles sont toutes deux confondues. J'en ai fait un cœuritoire, lieu par lequel se déversent tous les accents, toutes les syllabes, bleues, rouges, vertes, dans leur siamoise différence. Je ne me disperse, ni ne m'ampute, je suis pute de deux langues qui doivent en moi se contaminer. Tous mes lecteurs francophones, s'il en existe, sont des porteurs potentiels de mes vices de créolophone. Je n'ai pas d'amour à proprement parler pour le français, le rapport que j'entretiens avec cette langue est d'ordre charnel. Mais...très charnel. À lire comme dans les films interdits au moins de 15 ans!)
James Noël
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