21.09.2008
DEs ronds dans l'eau
« Lors des effondrements des preuves, le poète dit toujours le dernier mot »
René Char
Par James
Rappelons qu’en un mois seulement, quatre ouragans enragés sont passés sur l’île. Ils se nomment Fay, Gustav, Hanna et Ike, laissant derrière eux des centaines de morts, et plus de huit cents mille sinistrés, ce qui représente dix pour cent de la population haïtienne.
En cette situation troublante, on a décidé d’ouvrir l’espace «cœuritoire » à d’autres créateurs, faire le faisceau pour dire, pour pointer le doigt sur le malheur, ainsi tenterons-nous de l’exorciser ? Voici des pages qui tremblent sous l’effet des vents contraires, des pages à remplir, de pensées, de poèmes, d'extraits de rage et de silences aussi, silences qui ne seront pas signés, par pudeur, devant l’ampleur, la gravité du drame.
En attendant d’autres, se joignent à nous plusieurs voix issues de différents horizons, comme Ananda Dévi (Ile Maurice), Fatou Diome (Sénégal), Christian Condello (Canada), Edwidge Danticat, Michèle Voltaire Marcelin,Louis Philippe Dalembert,James Fleurissaint(Haïti)et bien d’autres encore…
Un poète Québécois a écrit son texte le 11 septembre, une date très symbolique, pour signifier que les drames humains, incendie ou inondation, bombardement ou ouragan, participent d’une vaste et même faillite de la terre entière.
Que peuvent les mots devant une brouette remplie de petits cadavres de 7 ans à la cité de Cabaret. La ville des Gonaives, déjà dévastée, dévalisée en l’année 2004 par la tempête Jeanne, surnommée à juste titre « la tueuse », cette ville naïve est encore la plus touchée par le déferlement des dernières tempêtes.
Hir(eau)schima-Haiti se réveille comme dans les périodes d’après-guerre.
Tous nos rêves ont coulé bas, les champs de bananes, les rizières, le bétail se sont volatilisés sous le vent.
La paysannerie haitienne, déjà dépaysée de la vie,se trouve vouée maintenant à la soif, à la faim et aux épidémies.
Maintenant, place aux auteurs. Bonne lecture.
Par Ananda Dévi, romancière et poète mauricienne.
Femme orageuse
Pour Haïti, orageuse
Il croyait qu’elle allait à minuit mais elle ne faisait que suivre la ronde des planètes, tournait, tournait dans les flaques de lumière, sautait à pieds joints dans leurs éclaboussures sans direction aucune.
Il croyait qu’elle allait à midi mais c’était compter sans les éclats de voix et les bruits torrentiels qui l’entraînaient n’importe où et bien au-delà de ses cris.
On ne le croirait pas, en cette ère sans substance, qu’une femme seule, amochée par la vie, aurait encore tant d’appétit.
Des galons aux yeux, quelque chose dans sa chevelure ruine noire et argent qui fait penser à la désentrave, un galbe aux épaules comme si d’un seul geste elle avait haussé l’ennui, un sourire à la poitrine, un clin d’œil aux chevilles.
Il croyait qu’elle allait à l’oubli, mais si elle marchait, ce n’était pas pour oublier. Elle marchait au devant de ce visage ouvert sur ses peines comme la pierre nue. Elle illumine la nuit, femme orageuse.
La boue entraîne ses pas comme l’île ses bourrasques mais toujours le ciel sera d’or sur son front.
DE Jeanie Bogart, poète haitienne
PAYS MIEN
Sur la chaussée de ma vie
je te retrouve
l’air pensif
Ô mon pays aux mille et une voix
j’ai appris à compter
chaque bourrasque du vent
te coiffant
te décoiffant
à volonté
tes enfants
étalés dans leur nudité
l’innocence à bout portant
s’attendaient
à voir surgir un monstre
ils ne l’ont pourtant pas vu venir
sous forme de marée haute
s’engouffrant
dans l’antre de tes côtes
eaux et larmes confondus
cris étouffés
ventres remplis
non pas de ce pain quotidien
tant attendu
mais du raz-de-marée
qu’accompagne l’ouragan
cette image me poursuit
il m’arrive parfois
de marcher la tête baissée
par peur d’intimider le soleil
il m’arrive de mordre
dans le bleu éclatant du ciel
sans souci de sa douleur
il m’arrive parfois la nuit
de dormir
sur une paillasse d’étoiles
et rêver de t’offrir
une gerbe lumineuse
au petit matin
il m’arrive aussi
souvent
de danser
interminablement
au rythme endiablé d’un gede ibo
histoire de rentrer au bercail
maquiller d’un sourire
ta désolation
l’image m’obsède
regard ravagé
larmes séchées
pensées boueuses
mon pays me dévisage
De james Noel
Prose sinistrée du bonheur
Hier soir encore
La terre amoureuse a tremblé
Ça n’arrive pas tous les beaux jours
Une terre qui mouille
A toute allure devant la mer
Dansez chers passants de la marelle
Chantez bons noctambules
Nous comptons seulement trois morts dans la famille
Mais nos voisins eux-mêmes
Nos bons voisins les plus sympathiques
Sont inondés
Nos pathétiques voisins
sont morts inondés sans nous prévenir
vous belle orpheline
folle manivelle
Tournez les reins
Sonnez les cloches
Le vieux père
le saviez-vous
Le vieux père Descollines à la vie sauve dans tout cela
L’eau de l’au-delà
A fouillé le cœur de ses huit fils
Fouillé le cœur de ses dix filles
et a jeté de l’eau froide
sur le feu de ses maîtresses
bravo Tempête
tonnerre grand brave
nous comptons seulement trois petits morts dans la maison
nos sympathiques voisins eux-mêmes sont inondés
mais Dieu pour nous
l’œil du cyclone était aveugle
nous sommes passés ni vus ni connus devant la mort
et notre vieux père Descollines
en sort bien triste
mais la vie sauve
oui la vie sauve
Sous le vent à tricoter
re-partir nuit dans l’aura
du lendemain de nos rêves somnambules
Bathélemy Bolivar
Par Lucy Pagé, poète canadienne.
vice-présidente des écrivains francophones d'Amérique.
Granby, Québec, Canada
Virvousses
Virevoltent les choses
Contre vents et marées
Sans pétrole se taire
Se taire par habitude
Quand les rêves doivent se rebâtir
Virevoltent les choses
Sous des ciels enragés
Des lames et des larmes intérieures
coulent sur du béton non baryté
Virevoltent par nature
Les arbres, les toits, le bétail
Les gâteaux de fête et que sais-je encore
quand la survie fout le camp
Plus vite que les pas
Virevoltent Virevoltent les gens
L’habitude tue
Encore sans ambages
Dans la boue apeurée
Un dernier regard résigné
Par Edwidge Danticat, romancière haitienne.
Flood
…I felt you reaching out one night. Or was it day? To stroke me just where time led you. It’s still too hard for me to reach back, cup myself to fill your hand. God bless the resurrection that is this breath. But it does not give us a longer moment together. For we are walking in different directions. Our nine steps to eternity. Write me something in one of those tongues yet to be heard. They say there will be no water in the future. Twenty-five years and this place will be dry. Do you already know the name of that world? Tell me now so I may tell it to them, konsole them, so that they may not see your still body as ruin. For they have yet to discover that I'll never make a sound they’ll understand. I’ ll never see a thing in their world. My mother will reject me. My father will cry over me. Ras la fini, they’ll say. The line has been cut. Speaking of their single thread of lineage as though it were an entire world. They will speak of you my whole life. So we should have more than this instant as I enter and you exit. Tell me quickly. What am I to teach them? What am I to learn?
Par Gary Klang, poète haitien.
LE CRI DES HOMMES PERDUS
Nous habitons
L’île à la dérive
L’île du bout du vent
L’île Titanic
Nous subissons
La mort
Le mauvais sort
Les vents haineux
Abandonnés par la nature
Et par l’histoire des hommes
Nous sommes Personne
Ou plutôt ces gens-là
Sans nom et sans avenir
Juste ces gens-là
Par Aimée Dandois-Paradis, poète canadienne.
les os de la nuit
broient le jour
passage obligé
sur la portée
où l’absence acidifie
les doigts crispés
J’entends
au sein des grabats d’indifférence
la mort s’enraciner
Quidams des déroutes oxydées
vendange d’inexistence
oeil cartonné
d’une lumière
dans l’ombre
Cerfs-volants d’espoir
en ruine
où l’air fétide libère les sons
que l’herbe de la faim scande
sans écho
Êtres effacés de
l’atlas des vivants avant
d’avoir tourné la page
Dans un océan
s’exulte la
meurtrissure des corps
yeux hagards
lèvres pendantes
en attente
de mort vive
détresse
du sable
soleil de plomb
désert de la faim
où la vie n’en finit pas de mourir
Enfants claquemurés
orphelins d’une patrie
des villages s’enterrent sous
le flot d’indifférence
sable inscrit les doutes
au damier dérisoire
J’entrouvre un rêve
ancré au soc des attentes
mais qui me dira l’alléluia
au carrefour des retrouvailles
embryon du songe
de cette île
où s’éreintent les rêves
d’ébène galvanisant
enfin l’espoir
de l’alizé
Par Stéphane Bataillon, poète et journaliste français, né en 1975.
Colère
Le feu s'est réveillé,
la table vient d'être mise,
transformant la cabane
en ce palais précieux
Seule une petite brise
s'est glissée sans un bruit
pour nous faire deviner
l'approche de l'hiver
et sublimer l'instant
On imagine mal
que cet enfant léger
puisse se mettre en colère
entrer par effraction
Qu'il ne préviendra pas
qu'il détruira en meute
interdisant d'autres souffles
méprisant le répit.
Qu'il ne balayera plus
les peaux mortes des vies
et éteindra les chants
visant à les remettre
debout face au soleil.
Alors on se rapproche,
on entoure la bougie
pour préserver la flamme
Qu'elle ne vacille plus.
Paris, le 26 septembre 2008
blog www.arevako.com
par Paul Harry Laurrent
Ita uti
Ita uti
naître si beau
itu itama
du premier germe à la dernière fleur
iti ama anke
et quelle est cette langue dans ma bouche
iti ama itu
tellement mienne que je m’en passe
utu anke
naître d’un mot
utu anke utu
d’un mot pays
là où je vis
une pauvre niche sur la terre
visitée par toutes les lumières du firmament
elles tentent leur chance par mon verbe
utu ita iti
par ma fleur
utu ita
un grand silence sur la terre
iti ama anke
il souffle dans ma nuit un vent étrange
venu des îles de la terre
utama utama
il flotte dans l’atmosphère une extrême imminence
utama iti ama anke
un vent étrange flotte dans ma nuit
et le baume nostalgique d’une chose à venir
utu ita
silence
un grand silence sur la terre
ita iti
une île étudie
ita iti anke
une île dort penchée sur la trame des eaux
c’est le plus beau pays du monde
utu ita
une présence par ici
utu anke
un mystère qui cache son sens
utu anke utu
pudeur voile précieusement son corps
utu anke utu
une chose qui n’affirme rien
utu ita iti anke
ici le site regorge d’eau
ita iti anke
c’est le plus beau pays du monde
uti itu
présences je vous vois
uti arimoteu
splendeur de l’invisible
uti arimoteu anke
et qui se lit si bien en un livre pour anges
ita iti eke
une île fustigée par la tempête
arimoteu anke
et toujours soutenue par la beauté du songe
uti ayimotu
et léchée de vos larmes
de vos plumeaux de brise
uti itu
présences je vous vois
ayi motu ayi
une lueur dans l’œil d’une vierge
le point d’onyx
ita iti utu anke
qui ne l’a vu n’aura rien vu du tout
du grand tout
uti ayi itu
présences je vous tiens
qui est-ce qui parle par ma bouche
et qui se dit si bien en une langue du silence
uti ayi itu
la muse la lyre et toute la musique
que l’oreille entend bien sans être visionnaire
qui ne l’a entendu
n’aura rien entendu du tout
du grand tout
par Charitable Duckens, poète haitien.
Les vents ont pensé plus haut que les têtes
Les rafales plus que loin des yeux
Les enfants n’ont pas eu le temps
De connaitre le principe des vases communicants
N’ont pas eu le temps de ne pas être comme leurs parents
N’ont pas eu le temps de s’aimer au-dessus du niveau de la mer
La terre s’est donnée à la mer
Dans un simple baiser judas
Contre ceux-là qui ne l’ont pas bénie
Ne l’ont pas guérie
Comme pour penser une plaie séculaire
L’eau n’a pas monté
Le calvaire du quotidien
N’a pas eu besoin
L’homme n’a pas eu le temps
De donner la main à son voisin
Pour mourir dans un souffle unique
Les vents sont passés carnaval de désespoir
Voir la déchéance du regard
Sur les cicatrices inconquises
Sur les inquisitions des lendemains qui tremblent
Et les cœurs ont battu les tambours
De la sauvagerie et de l’indifférence
Les rafales d’eau ont bousculé l’ombre de chacun
Pour ériger le dieu qui s’éteint dans les lignes de la main
Quand personne ne perd son décorum dans le décor liquide
Et boueux
Comme la vision des cannibales de haut vent
Les vents ont pesé plus lourds
Que les avenirs sur les têtes
La boule bleue en yeux de poisson pourri
Dans l’indigestion des climats
Texte de Jean- Dany Joachin, poète haitien.
ventre de l'eau
Mon pays vient du ventre de l'eau
Personne mieux que lui ne connaît
ses caprices,
ses changements d'humeur
C'est avec ses vagues qui viennent lui chatouiller
les pieds qu'il apprit à danser
C'est aussi son miroir, pour se voir
ranger son maquillage
ou faire le constat de ce qu'il lui reste:
ses mornes dévastés
ses arbres disparus
son corsage grand ouvert au soleil…
Et le soir quand le ciel est en fête
c'est de là que lui viennent les éclats de couleur
Mais quand le vent fait à sa tête
et fait la guerre aux nuages
Quand toutes les eaux du ciel
s'acharnent sur mon petit coin de pays,
et quand les vagues mugissent autour de lui
Il tremble, et se sent trahit
L'eau lui arrache ses vêtements,
emporte ses enfants,
lui tord les triples,
et lui lave ses pleurs…
Le pays d'où je viens
vient du ventre de l'eau,
il connaît ses joies,
il connaît son mépris.
Sept. 2008
Texte de Josaphat Robert Large, romancier et poète haitien.
Van
Yon dife ki pran nan dyòl loraj
marye yon kont maltaye ak Lisifè
pou touye tout abitan Ayiti Toma
siklòn kalote latè
e yon rafal zeklè frape lespas
Bow! Bow! Bowww!
moun pete rele anmwe!
Anmweeeeee!
timoun pran kouri
pwason kilbite vole sou kòd lapli
zwazo palmis file tout vitès nan
mitan syèl la
van leve vil Jeremi anlè
li frape l atè
kay kraze an miyèt mòso
legliz degrengole al blayi sou bòdmè
lari tyoubounm nan ravin
Mezanmi!
lapolis touye Papa Bondye
tout moun met ajenou
y ap telefone Lavyèj
Alo! Jezi! Mari! Josèf!
kibò dife rayisman sa a soti
k ap boule youn apre lòt similyon nanm
sou tè Deasalin nan
yo chavire lespwa tèt anba
yo ansasinen lòlòj nou
yo toufe pasyans nou
yo jete lavi nou nan labim
Mezanmi!
Gen yon pakèt van sou tèt mòn Tapyon
kote kamyon kapote kat wou anlè
kote kamyonèt koule nan labou
otomobil anpàn ap pete lafimen
Pòf! Pòf!
menm nan katye katedral capital la
moso boutèy chire figi Sen Jòj
lougawou mode dèyè Dèdèn
pousyè makònen ak wòch pou kalonnen lalin
Texte de Yusuf Kadel : Poète et dramaturge mauricien.
Le vent
ne sait où logent ses reins le vent
a trop traîné pour être sobre
on le reçoit plus volontiers sur le palier
qu’au salon
Texte de Michèle Voltaire Marcelin
LIFE IS SPLIT AT THE SEAMS
no one knows the exact number of the dead
not even the storm herself
though her course is charted
and images circle the earth
of wind and rain that hurl and whirl
swallowing everything in their path
(they laid there like dolls
one next to the other they laid there
as if they had been toys discarded in the mud)
how are we not drowned in shame
as they were drowned in mud
how are we not flooded by tears
as they were by the rains
(they were ours
they were yours and mine
yet we let them die)
so i will write a poem
and you will write a letter
and he will send some money
and she will say a prayer
but we will forget as we have forgotten before
we closed our eyes
covered ourselves up
when this island without secrets
this island caught upside down
spread open by the great storm
went belly up
exposing memories and guts
nothing has happened here
it was already nothing
disaster on disaster
mud on mud
(will the drowned ever forgive us
or will they spit back their water at us?)
nothing has happened here
it was already nothing
disaster on disaster
mud on mud
life is split at the seams
Texte de Louis Phlippe Dalembert, romancier et poète haïtien.
Ces îles de tempête qui creusent sillons de lune en quel lieu et quel âge quand le soleil fuyait la sécheresse des écumes voyez étoiles bifides le jour suspendu lent désert d'amiante ruminant son passé d'effluves grisâtres serpentine chevauchant inlassable les eaux démontées pour s'arrêter généreuse à chaque blessure nouvelle se regorger à grand renfort de crimes de notre insularité figée
le vent ha ! le vent dans les voiles gorgé(es) de sang le vent brassant ces yeux de fond en comble rivés à la surface des eaux et des songes crevés ignorant la profondeur marine la seule l'unique détentrice de l'absolu du monde
le vent ha ! le vent gorgé du silence de la nuit et ces voyageurs forcés on ne saura jamais par quelle lune consort ni quelle brise dans le beaupré et si c'était les bras de la nuit bien sûr l'aube enfouie dans ses lumières mais réclamant d'une main ce qu'elle gommait de l'autre
ha ! le vent de l'intérieur des terres qui ne savait des eaux la mouvance ni l'existence ni que la terre tournait poussée par sa vaillance ha ! le vent à la rencontre des eaux écrivant la nuit comme une longue coulée de misères
le vent ha ! et ces bras d'aube-nuit qui nous portèrent sur cette terre nouvelle sans souvenance aucune de leurs conteries malhabiles nous avons depuis pactisé avec le cuivre charrié l'aube et la nuit au plus fort de notre mépris le cuivre debout au bord du gouffre mais s'accrochant à sa dignité d'homme nous porterons sa terre dans le vent vrai
***
or sept cents veuves folles de plein souffle ruées contre leurs cordages défaits contre le jour de plein souffle lâchées quand la boussole tangue dérive hors de ses eaux quêtant on ne sait quelle lune musarde catacombes de javeaux caressant un soleil d'ombre pour conserver la flamme de leurs doigts
or cette île maudite d'entre les îles traçant de sable et de réminiscente verdure son chemin bègue jusqu'au mutisme chauve aussi qu'on croirait une rive aréique à qui léguer son droit d'aînesse contre quel plat indigeste d'étoiles
cherchant d'une frileuse main hormis typhons et brouillards cherchant cap amène sept cents veuves dérivantes délirant un chapelet d'agonies tantôt veines éparses tantôt terre regroupée sur sa matrice insulaire mais ces îles malgré tout fidèles à la barre de l'espoir
***
car en haute mer les îles naufragées brûlots en dérive parmi la terre ce champ disparate en haute mer parsemé d'espoirs creux tels calebasses aphones ou conques aphatiques
qui chantera le chant de l'aurore
extrait de ces îles de plein sel et autres poètes, silex/nouvelles du sud, 2000.
texte de James Fleurissaint, poète haitien.
| Dlo kanpe
Tèks: James Fleurissaint (powèt kòbòy)
|
deux textes de James NOEL
Hanna
le bruit court sous la pluie
et en un quart d'orange
la terre fait le tour de la rumeur
le bruit court que le vent
a soufflé tellement fort
que le cyclone
larme à l'œil
a crié sur la ville
un chant de cygne
signe d'aile cynique de fin du monde
le bruit court que le vent
a enlevé le chapeau
circonflexe de l'ile
tous les vents mauvais
en boucle se défilent
la mort en bouche sur notre terre
Non-lieu
à tous ces morts sans sépultures
éclipsés par le Tsunami
nous ne sommes pas de ce monde
ne sommes pas de ce pays
sommes pas de ce village
pas de cette rue
nous-sommes-des-morts
lourds mots-valises
que préfèrent des voyageurs
aux mots de passe
des mots-valises
sans dimanche des cravates
sans trait de famille
ni trait d'union
par coeur nous apprenons enfin le coeur
entre les lignes que fait la pluie
nous nous attelons sous le manteau
à ériger des châteaux d'eau
sur nos paupières
il fait froid dans le poème
le poète
– oeil témoin du cycloone –
tremble
à l'idée d'élire Jeanne pour sa veuve
sur la terre naïve
la mort est diluvienne
Gonaïves
Gonaïves vil bordel
fermé à double tour
dans la tourmente
sur la terre naïve
elle est là l'orpheline
avec la fleur de l'âge sur le nombril
et aussi des fossettes pour rester belle
en plein sanglot
la faune dans les fossettes pour creuser
telle gifle permise
ci-gît
la première fosse commune
ici la mort est diluvienne
nous ne sommes pas de cette rue
ne sommes pas de ce village
sommes pas de ce pays
pas de ce monde
"Depuis le 26 août, Haïti subi les assauts répétés d’ouragans, de tempêtes tropicales, qui aujourd’hui laissent le pays dans un état de désolation absolue. Mais ce n’est pas terminé et d’autres pourraient frapper de nouveau le pays. La population dans son ensemble et celle des Gonaïves, en particulier est extrêmement fragilisée. On dénombre à ce jour près de 600 morts, des centaines de milliers de sans abris, sans nourriture. Les hôpitaux de la ville ont été inondés et l’acheminement de vivres est rendu extrêmement difficile en raison des inondations. Les Nations Unies, la Croix Rouge et la Protection Civile haïtienne sont à pied d’œuvre et ont besoin d’aide urgente":
http://www.collectif2004images.org/
07:14 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


















Ecrire un commentaire