19.02.2008

Tu ne te lèves pas du même pied tous les jours

12c4bb6a6757b9379803bd59c5d56a13.jpgJe n’arriverai pas jusqu’au bout de la foule

Pour te réinventer multiple

dans l’absolu d’une chambre noire

Sachant que c’est toi

perdue dans un trou de mémoire, qui t’endormais en ta faillite

Encore toi-même qui oubliais ton arrogante beauté de veille

Un rêve peut-être

Un rêve mauvais s’est posé sur ta tête

Et t’a enlevé plus que de raison un tiers de ta saison

Un été entier de tout ton être qui sait retenir notre lit tiède

Jusqu’au solstice

 

un rêve plongé à pic

comme un oiseau noir qui boit de l’arbre

la verticale sève qui la fonde

et toute la bonne augure des feuilles vertes.

Quand donc Gisemonde

t’endormiras-tu pour te retrouver ?

Corbeau matinal

Perché sur l’arbre de ta connaissance

L’arbre de ton bien

Et de ton mal

J’existe dans l’éparpillement

de l’unité de tes contraires

des quatre vents de tes cheveux

et de la verte raison jaillissant au tronc de la mémoire

Y-a- t’il des mots d’amour

Des lèvres qui vaillent à des distances inégales

Qui ne s’étanchent pas

Qui ne se mouillent pas

Sans mot dire dans le baiser

Si la rue en sa quête de grains

Envoie ses oiseaux s’enquérir sur tes seins

Fais donc appel au grand vent

Pour mettre en mouvement la poussière

Qui dessinera ton jupon au passage

jurant son vol plané sur le temps suspendu de l’attente

Et ta salive mon eau de bouche

Quelle embouchure

Mienne autrement

A bu ta vie comme un champagne

Mais qu’importe l’arbre

si le fruit des baisers tombent d’eux -mêmes des lèvres mûres

J’ai dormi avec toi

je me vois me lever chez l’étrangère

iras-tu renaître ailleurs

pour m’inventer ici et la

soit en transite soit en visite touristique sur ton corps

il te laisse à t’avouer coupable au pied du lit

à changer entre deux eaux de larmes et d’imposture

tu ne te lèves pas du même pied tous les jours

si je t’aimais en peu de mots

c’est que bègues s’ouvrent mes lèvres

au rendez-vous d’un baiser manqué

et que les mots en sortent

évidés dans un tremblement vide de papiers

en quête d’un strict nécessaire

d’une juste larme en ta gorge

devrait-on se morfondre et se briser dans un miroir

pour voir nos corps réédités

en des pauses exemplaires

photogéniques par milliers

Il te reste à te savoir autre que tu es

Tu auras gagné ma sympathique pitié diurne

à passer pour une femme, qui vidée maintenant de sa substance de belle

gagne à tourner pour toujours les talons aux vieux mensonges

La vérité n’est pas l’auberge de la Joconde

Un coeur soumis sur une ligne brisée

l’univers mis en tiroir dans une étoile

Tu dois te savoir autre que tu es

T’affirmer en connaissance de cause et de miroirs

Je me réchaufferai de ta lueur

d’étoile éteinte qui scintille

en me cillant les yeux

comme la diva qui ne voit pas le temps passer

avec son lot d’amants d’une heure

jusqu’au bout de la foule

je n’arriverai pas

n’arriverai pas

Tu ne te lèves pas du même pied tous les jours

                                      James Noel

*Dessin de Pablo Picasso

 

 

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